mélangehistoirestitre3

Une visite de Plombières qui nous emmène à Paris !


« Sur son lit de cailloux, qu'autrefois les Romains

Ont, dans un val étroit, cimenté de leurs mains,

Entre deux monts cornus, au fond d'un précipice,

D'un faubourg de Paris vous trouvez une esquisse :

C'est Plombières. »

Ces vers datent de 1796 et sont extraits du poème "Les Vosges" écrit par Nicolas François de Neufchâteau, alors commissaire du Directoire exécutif pour notre Département.

Fin 18e siècle, Plombières, esquisse d'un faubourg de Paris ? Et pourquoi pas !

Aujourd'hui encore, en sillonnant les rues de la station thermale, vous vous apercevrez que de nombreux lieux font quelques petits clins d'œil à la capitale.

De la place Beaumarchais au Parc Impérial partons à leur découverte.


Sur l'Augronne et la Seine, naviguent les premiers "steamboats"


monument Fulton

Sur le parking de la place Beaumarchais devant la Mairie, une stèle en granit des Vosges, portant en médaillon le portrait de l'ingénieur américain Robert Fulton, nous interpelle (voir photo ci-contre - cliché N-N).

Ce monument rappelle une expérience des plus intéressantes puisque déterminante dans le domaine de la propulsion maritime.

Nous sommes alors en été 1802. L'ingénieur Fulton, travaillait déjà depuis plusieurs années sur un projet de navigation à vapeur. S'appuyant sur les travaux du franc-comtois Jouffroy d'Abbans, le mécanisme qu'il réalisa en premier lieu était basé sur un système de palettes faisant office de rames, fixées sur une chaîne sans fin actionnée par la vapeur.

Seulement voilà, à Paris, les bords de la Seine n'offraient pas à Fulton la tranquillité nécessaire pour se livrer à ses premières expériences.

Apprenant qu'une de ses connaissances, Madame Barlow, se rendait aux eaux de Plombières, il se mit en route avec elle.

À Plombières, certes il n'y a pas la Seine, mais il y a l'Augronne ! De plus ce  "faubourg de Paris", éloigné tout de même de plus de 350 kilomètres, sera beaucoup plus calme que la capitale pour réaliser ses essais !

Dès son arrivée dans la station thermale, Fulton fit de suite construire un petit bateau de 50 à 60 centimètres de longueur auquel il adapta son moteur. Le lieu de l'expérience fut un bras de l'Augronne qui entourait à cette époque la Promenade des Dames (côté rue Fulton actuelle). Une digue fut établie pour élever l'eau au niveau du sol. Quelques jours plus tard, devant Joséphine Bonaparte, en cure au même moment, et une foule enthousiaste, Fulton lançait sa petite embarcation qui navigua aisément sur la rivière. Ce fut un véritable spectacle !

M0539_2465_1

Dessin conservé au Musée Louis Français - inv.2465 - Crédit photo N-N

De retour à Paris, l'ingénieur perfectionna son système en employant cette fois des roues à aubes, et fit plusieurs expériences au cours de l'hiver 1802-1803 sur la Seine à l'île aux Cygnes.

Le 9 août 1803, fut le grand jour pour Fulton. Un grand bateau de 33 mètres de longueur sur 2 mètres et demi de large actionné par la vapeur évolua sur le fleuve en présence d'une délégation de l'Académie des Sciences et de nombreux spectateurs. Ce fut une totale réussite.

De l'Augronne à la Seine, Fulton avait enfin réussi à réaliser son "chariot d'eau mû par le feu" !

Ci-contre : plaque apposée sur le lieu de l'expérience à Paris 

plaque paris fulton

Le p'tit côté Montmartre de Plombières

Qui dit rivière traversant une ville dit ponts et en écho aux ponts de Paris, l'idée séduisante de chanter  "Sous les ponts de Plombières" nous vient immédiatement à l'esprit.

Oui, mais des ponts à Plombières, il n'y en a plus, mis à part ceux situés aux extrémités de la bourgade. Donc, oublions la chansonnette et poursuivons la balade vers le centre. Là, nos pieds trépignent soudainement d'impatience désireux de gravir toutes ces marches d'escaliers qui s'offrent à nous et qui composent les multiples passages reliant les rues les unes aux autres.

Ha ! Comme il est agréable de monter les étages pittoresques et romantiques de Plombières ! Une trentaine de marches par ci, une soixantaine par là, et ces lampadaires aux lanternes élégantes... pour sûr on se croirait à Montmartre !

DSCN2291

DSCN3462

DSCN2301

De gauche à droite : passage des Capucins 62 marches - passage Thiriot 147 marches
passage Voltaire 35 marches - Crédits photos : N-N


Les panneaux de Louis à l'église de la Trinité

Montons, descendons, remontons, redescendons, on ne s'en lasse pas !

Toutefois, reposons-nous quelques instants et admirons cette jolie villa au 30 avenue Louis Français.

M0539_84_1

Il s'agit de la maison que le peintre François Louis Français s'est faite construire dans sa ville natale (aujourd'hui Musée Louis Français). Pour la concevoir il s'était tourné vers l'architecte Théodore Ballu. Et Théodore Ballu est loin d'être le petit architecte du quartier ! Il s'agit de l'auteur de l'Hôtel de Ville de Paris et de l'église de la Trinité située dans le 9e arrondissement, pour laquelle notre peintre avait collaboré à la décoration.

C'est ainsi, qu'à l'intérieur de cette somptueuse église vous découvrirez dans la chapelle des fonts baptismaux deux panneaux décoratifs signés de notre Louis Français, le plus célèbre de tous les plombinois.

"Adam et Ève chassés du Paradis" et "Le Baptême du Christ", deux œuvres superbes comprenant une multitude de détails dans la composition de la faune et de la flore.

Théodore Ballu s'était adressé à notre peintre paysagiste en ces termes « Il y a longtemps, que je désire avoir du feuillage dans une église ». Assurément ce fut chose faite !

Ci-contre : façade de la future maison de Louis Français à Plombières dessinée par Théodore Ballu-Musée Louis Français - inv.84 - Crédit photo : N-N

Adam et Ève  Louis Français - Copie

DSCN3090 - Copie

Baptême du Christ Louis Français - Copie

"Adam et Éve chassés du Paradis" - église de la Trinité - "Le Baptême du Christ" - Crédits photos : N-N ; patrimoine Paris la Sainte Trinité - le Musée Louis Français conserve des études préparatoires à ces deux panneaux

La construction (de 1861 à 1867) et l'emplacement de l'église de la Trinité furent décidés par le baron Haussmann dans le cadre des transformations de Paris voulues par l'empereur Napoléon III.

Les immeubles Haussmanniens de Plombières

Mais d'ailleurs à Plombières, ne dit-on pas que certains bâtiments ont quelque chose d'Haussmannien ?

L'immeuble plombinois qui illustre parfaitement ce style est bien entendu le Grand Hôtel dont les deux ailes entourent les Thermes Napoléon. Construit entre 1857 et 1861, nous retrouvons bel et bien les caractéristiques de cette architecture omniprésente dans la capitale à savoir : façade en pierres de taille, rez-de-chaussée haut de plafond, un premier étage qui est en fait un entresol, puis un étage supérieur doté d'un balcon filant, ensuite un autre étage avec cette fois des balcons individuels, puis les chambres de service sous les combles (photo ci-dessous - cliché N-N).

th1

D'autres constructions à Plombières, élevées à la fin du 19e siècle font référence également à ce style. Ce sont ces grands hôtels et demeures cossues qui occupent toute la partie basse de la ville, avec là aussi l'emploi de la pierre de taille, les balcons filants ou encore ces jolis lambrequins de fenêtre, une constante de l'architecture Haussmannienne pour la protection des stores extérieurs.

rue Gl de Gaulle

DSCN3304

DSCN3288

De gauche à droite : n°2 avenue du Général de Gaulle - n°39 rue Liétard - n°23 avenue Louis Français - Crédits photos : N-N

À l'image de Paris, Plombières se transforme

Ces immeubles nous dirigent alors vers les parcs Tivoli et Impérial.
Des espaces verts qui faisaient défaut à Plombières et qui virent le jour sous Napoléon III. Pour le Parc Impérial (1856-1858 - voir photo ci-dessous - cliché N-N), l'empereur en surveilla lui-même les travaux, indiquant l'emplacement des allées et des massifs d'arbres. Une tradition rajoute que le baron Haussmann, fort de l'expérience du bois de Boulogne qu'il venait d'aménager, aurait aussi contribué à la réalisation de ce parc à l'anglaise qui sera doté d'une pièce d'eau puis d'un kiosque pour l'empereur (aujourd'hui disparu).

DSCN2801

Il est d'ailleurs intéressant de constater que durant le Second Empire, à l'instar de Paris, Plombières fut le cadre de grands travaux.

Démolitions, constructions multiples (église au style néo-gothique flamboyant, hospice, Thermes Napoléon, Grand Hôtel, immeubles, maisons, chalet... ), nouvelles voies, création d'espaces verts, partage de la ville en treize rues pavées à neuf avec trottoirs, couverture de tous les conduits d'écoulement, fouilles souterraines, captage et canalisation des sources thermales, etc.

À l'image de la capitale, sous l'impulsion de l'Empereur, un nouveau Plombières était né ! 

Et aujourd'hui, le 21e siècle apportera-t-il à notre station thermale quelques notes parisiennes supplémentaires ? L'histoire qui se poursuit nous le dira !

DSCN2814

Place Napoléon III devant l'église - les immeubles furent entièrement reconstruits dans les années 1860 - Crédit photo : N-N


Sources bibliographiques : 

Plombières Ancien et Moderne de Haumonté et Parisot
Les Bonaparte à Plombières de Jean Kastener
Il était une fois Plombières-les-Bains des Romains à nos jours de Nicole Nappée
Les Merveilles de la science de Louis Figuier
François Louis Français, causeries et souvenirs par un de ses élèves de Aimé Gros


À bientôt pour le N°4 de "Mélange d'histoires" !

Nicole Nappée
Guide à Plombières-les-Bains
ni.nappee@laposte.net
Tél : 03 29 66 05 00